Le 8 mars 2026, la Suisse votera sur l’introduction de l’imposition individuelle. La date est hautement symbolique. Elle rappelle que la fiscalité n’est jamais neutre et que le système actuel continue, encore aujourd’hui, à pénaliser le travail des femmes.
Depuis 1984, le Tribunal fédéral juge le cumul des revenus des couples mariés anticonstitutionnel. Pourtant, quarante ans plus tard, cette discrimination perdure. En additionnant les revenus, l’impôt fait grimper artificiellement la progression fiscale et frappe en priorité le deuxième revenu du ménage – dans près de 90 % des cas, celui des femmes.
Ce système repose sur un modèle familial dépassé, celui du ménage à revenu unique. Or la réalité sociale a profondément changé : plus de 80 % des mères d’enfants mineurs exercent une activité professionnelle. Malgré cela, des centaines de milliers de femmes restent contraintes au temps partiel, souvent malgré elles, parce que les impôts et les frais de garde absorbent une part disproportionnée de leur salaire. Cette logique affaiblit leur indépendance économique et se paie plus tard par des rentes insuffisantes et une pauvreté accrue à la retraite. Une femme touche en moyenne CHF 20’000.- par an de moins que son conjoint à la retraite.
L’imposition individuelle met fin à cette injustice structurelle. Chaque personne est imposée sur son propre revenu, indépendamment de son état civil. Le deuxième salaire n’est plus pénalisé par une progression artificielle. Les couples peuvent décider ensemble, selon leurs besoins et leurs valeurs, qui travaille à quel pourcentage, qui vaque aux tâches familiales, sans subir une contrainte fiscale injuste. Pour les femmes, cela signifie plus d’autonomie financière, de meilleures perspectives professionnelles et une sécurité accrue à long terme.
Le groupe de personnes qui bénéficieront d’un allègement fiscal est conséquent : 3 112 740 contribuables paieront moins d’impôts, contre 893 540 qui verront leur charge augmenter. Les couples mariés à revenu unique ou à double revenu, les personnes non mariées et les couples de retraités bénéficieront d’un allègement fiscal global. Les rares hausses concernent presque exclusivement des ménages à très hauts revenus, souvent à revenu unique, favorisés par le « bonus mariage ». Le barème fiscal sera adapté pour soulager les bas et moyens revenus, avec un abattement de base plus élevé et une progressivité renforcée pour les hauts revenus.
Le Valais a tout à gagner de cette réforme. Canton marqué par le travail à temps partiel et par une forte présence féminine dans la santé, le social, l’éducation ou le tourisme, il bénéficiera pleinement de l’augmentation des taux d’activité. Plus d’emplois, plus de cotisations sociales, moins de précarité : l’impact est à la fois social et économique.
Comme Femmes socialistes du Valais romand, nous défendons une société où :
- le travail des femmes est reconnu et justement imposé,
- les familles disposent d’une réelle liberté de choix,
- et l’égalité entre femmes et hommes n’est pas un slogan, mais une réalité concrète.
Voter oui le 8 mars 2026 n’est pas un geste symbolique. C’est réparer une injustice constitutionnelle, c’est mettre fin à une discrimination d’État et c’est faire un pas décisif vers l’égalité réelle.
Paola Riva Gapany, députée et co-présidente des Femmes socialistes du Valais romand