Préoccupation aussi vieille que son existence, la redistribution des richesses est au cœur du projet socialiste.
Elle part du constat, réel et documenté depuis des années, que les classes les plus aisées concentrent et accaparent de plus en plus de richesses, alors que les classes laborieuses voient leur pouvoir d’achat stagner, voire diminuer.
Un tel écart entre les deux « classes » n’a pour effet que d’exacerber les tensions sociales et n’est que source de colère. Malheureusement, celle-ci n’est pas tournée vers les vrais coupables de la situation, mais au contraire attisée par ces derniers afin de mieux diviser les travailleurs, qui n’auront donc pas l’occasion de se « révolter ». Mais c’est un élément sur lequel je pourrais revenir dans un prochain article.
Pour en revenir à la redistribution des richesses, en attendant que nous vivions dans un monde idéal où chacun pourra bénéficier d’un salaire décent et où personne n’aura de revenus atteignant des chiffres indécents permettant d’accumuler du capital pour plusieurs vies, elle est la seule alternative envisageable pour lisser un peu ces inégalités.
La mise en œuvre de cette redistribution doit être une priorité de l’État, car il se doit d’être le garant de la paix sociale, condition sine qua non pour vivre dans une société libre et démocratique.
Cet objectif n’est cependant atteignable qu’en faisant réellement participer les personnes qui gagnent des revenus très élevés à la hauteur de leurs moyens.
- Cela passe par une meilleure progressivité de l’impôt sur le revenu, qui aujourd’hui devient beaucoup trop favorable lorsque l’on se situe dans la fourchette haute des revenus, par un effet d’aplatissement et de plafonnement.
- Cela passe également par une taxation plus importante des revenus du capital, qui ne peuvent être assimilés à ceux du travail, étant donné qu’ils n’existent que par la « grâce » du marché et sont des fruits « volés » aux vrais créateurs de richesses que sont les travailleurs, et non les actionnaires.
- Cela passe aussi par une politique qui, d’une part, ne mise pas sur l’austérité comme unique réponse aux coûts grandissants à la charge de l’État, mais qui, d’autre part, augmente les prestations et les services publics afin que la population y ait un accès accru, tout en renforçant la régulation des marchés et de l’emploi, évitant ainsi l’existence de la précarité alors que tout un chacun est déjà employé à 100 %.
- Cela passe enfin, et malgré l’échec de l’initiative de la Jeunesse socialiste sur l’avenir, par une régulation saine des héritages, afin qu’ils ne favorisent pas la concentration de la richesse dans un même milieu familial et social, d’où il ne pourrait qu’entretenir la notion d’élite, remplaçant l’aristocratie de noblesse abattue au XIXᵉ siècle par l’aristocratie de l’argent.
A plus long terme, la redistribution des richesses ne pourra aboutir pleinement que si l’on venait à revoir complètement l’organisation économique de notre société. Cela passe par la socialisation des entreprises d’importance nationale ou cantonale, par une prise en main des capitaux par l’État lorsqu’il s’agit de sociétés stratégiques, ou encore par la démocratie économique dans les autres entreprises, en permettant une participation importante des travailleurs dans lesdites entreprises, en accédant à leur gouvernance à égalité avec les représentants de l’actionnariat.
Avec toutes ces mesures, nous aurons l’occasion d’avancer vers une société libre, égalitaire et fraternelle, qui permettra à tous les êtres humains de s’épanouir dans leur vie et de ne plus vivre pour travailler, mais de travailler pour vivre convenablement, selon la maxime : « De chacun selon ses moyens, pour chacun selon ses capacités. »
Valentin Aymon