Avec ce premier numéro de l’année, revenons sur l’objet principal de la session de décembre du Grand Conseil valaisan.
Ce budget est tout d’abord un hybride mal fagoté. Préparé par l’ancien Conseiller d’État Roberto Schmidt et défendu par sa successeure, Franziska Biner, il relève plus de l’exercice d’équilibrisme politique que d’un véritable projet d’avenir.
Surtout, il ne répond pas réellement aux besoins de notre canton et de sa population. La faute à un Conseil d’État qui manque de vision politique à long terme, mais aussi à un Grand Conseil dominé par une majorité de droite, bourgeoise et néolibérale.
Ce manque de vision politique se traduit par une incapacité chronique à définir des éléments prioritaires pour le canton. On a parfois l’impression que la priorité du Conseil d’État, et en particulier du Département des finances, est de ne froisser personne au sein du collège.
Résultat : aucune politique ambitieuse, aucun choix fort et même, oserais-je dire, un renoncement à défendre les intérêts communs de la population valaisanne. À la place, il préfère se rallier sans ciller au narratif général de l’ « austérité heureuse ».
Illustration parfaite de cet « échec », le refus de postes supplémentaires, pourtant demandés par le Conseil d’État, à raison de quatre par département. Faute d’une réelle argumentation et de priorités assumées, cette demande a été balayée par une partie de la droite bourgeoise.
Quant aux effets de cette majorité politique au Parlement, ils se font ressentir bien au-delà de ce refus. Les décisions « antisociales » du mois de décembre, et même auparavant, ne manquent pas.
Refus de moyens supplémentaires :
- pour la réduction des primes maladie,
- pour les APEA,
- pour des loyers abordables,
- pour la mise en œuvre de l’initiative sur les soins.
Les arguments sont toujours les mêmes et rabâchés à l’envi, du moins depuis mon entrée au parlement en 2017 :
La pression fiscale, sur les entreprises et la « classe moyenne », est trop lourde.
Résultat : régulièrement, l’on révise l’imposition pour accentuer les « économies » des nantis, au détriment des services publics. Ensuite, lorsque l’on constate que les recettes s’amenuisent ou que les services se retrouvent sous pression, la réponse est toujours la même :
Couper dans le budget et lui imposer des « cures d’austérité », mais toujours dans la joie, évidemment. Car baisser les impôts, selon cette vision, serait le déclencheur du « ruissellement ». * Cette théorie fumeuse, qui a la magique tendance à donner à la population l’illusion de sa « richesse », l’invitant à accepter des sacrifices bien réels, et qui repose sur l’idée de faire prendre à celle-ci « des vessies pour des lanternes ».
Finalement, on se retrouve avec des faits, froids et calculés : l’État n’a pas les moyens d’assurer ses tâches. Qu’il « coûte ».
Au lieu de faire une introspection et de se rendre compte que ce sont les décisions que j’énumère ci-dessus qui l’amènent dans ce mur, la droite bourgeoise et néolibérale continue à persévérer dans ses travers : coupes budgétaires, constat de « déficit » … coupes budgétaires, constat de « déficit », etc.
Parfois, elle « solutionne » même le problème en le reportant sur l’échelon inférieur, les communes, qui elles aussi se trouvent sous pression.
C’est un éternel recommencement et, après mon huitième budget, je me rends compte que tous les mois de décembre se ressemblent et que l’esprit de Noël, à défaut de Père Noël, est bien peu présent auprès de mes collègues députés.
Cependant, cela ne me décourage pas et c’est même la source de ma combativité, pour un Valais plus social, plus juste et plus solidaire.
Et n’oubliez pas : on gagne, on perd, mais surtout on ne lâche rien !
* La théorie du ruissellement postule que l’on doit favoriser l’enrichissement des personnes les plus riches afin qu’elles puissent réinvestir cet argent, qui créerait des emplois et favoriserait la consommation.
AYMON Valentin, député-suppléant