Le 19 janvier dernier s’ouvrait le WEF à Davos, réunissant responsables politiques, banquiers et milliardaires sous le thème « l’esprit du dialogue ». La présence du président américain Donald Trump, dont la dérive autoritaire se fait de jour en jour plus prononcée, a donné lieu à de nombreuses critiques. La brutalité de sa politique a souvent été minimisée au motif qu’elle servait les intérêts du pays. Pourtant, il est difficile d’imaginer qu’une politique reposant en particulier sur l’ignorance, le chaos et le phallocratisme serve les intérêts de celles et ceux qu’elle prétend défendre.

Pour alimenter l’ignorance de sa base, l’administration trumpienne défait tout ce qui infirme son fantasme wokiste. D’un pied, elle écrase le savoir scientifique, en menaçant les universités de retraits de financement et d’enquêtes, en interdisant des mots-clés dans la recherche, en entreprenant des coupes budgétaires et des licenciements massifs, etc. De l’autre, elle écrase la liberté de la presse en restreignant l’accès des journalistes à la Maison-Blanche pour ouvrir grand la porte aux influenceur·euses pro-Trump. Enfin, elle bâillonne des mains la justice en évinçant l’acteur décisionnel qui ne suit pas sa ligne, comme en a fait les frais le procureur de Floride Michael Gordon.

En outre, le président américain participe activement au chaos qui renforce l’obsession sécuritaire de sa base, en particulier dans le cadre de sa politique migratoire. L’ICE, dont les effectifs et le champ d’action ont nettement été augmentés, est devenue une véritable broyeuse, qui traque les personnes étrangères jusque dans les écoles, les hôpitaux, les églises et les tribunaux. Des milliers de personnes vivent dans la peur d’être arrêtées, placées en détention ou expulsées vers des pays tiers, même lorsqu’elles sont en situation régulière. Les agents de l’ICE n’exercent pas seulement cette répression arbitraire à l’égard des personnes étrangères ; ils s’en prennent à tout individu soupçonné de leur faire obstruction, comme en témoigne le meurtre de Renée Good.

Enfin, Trump entretient une misogynie qui contamine le débat public. Les exemples font légion. Le plus récent concerne sans doute l’affaire Epstein, dans laquelle s’est empêtrée son administration. En décembre dernier, la publication des documents relatifs à l’affaire, partielle et caviardée, a été vivement critiquée. Dans le lot des révélations qui ont entaché la crédibilité du président au cours des derniers mois, une lettre d’anniversaire qu’il aurait adressée à Epstein en 2003 a particulièrement mobilisé l’opinion publique. En septembre 2025 était rendue publique la lettre dont Trump démentait l’existence deux mois auparavant. On y voit une silhouette de femme nue, portant la signature du président américain au niveau de la toison pubienne. Les insultes sexistes réitérées du président, dont le « Quiet Piggy ! » adressé à une journaliste dans le cadre de l’affaire Epstein nous offre un exemple, ne peuvent que favoriser une misogynie désinhibée.

Au vu des exemples évoqués et du jugement largement négatif porté sur son bilan en matière de coût de la vie et d’emploi, on comprend que la politique de Trump soit contestée par plus de la moitié des Américain·e·s. Rattachées à leur logique impérialiste, de telles politiques sont aux antipodes de « l’esprit de dialogue » revendiqué par le WEF. Alors disons-le clairement : ni là-bas ni ici, ni maintenant ni demain, nous ne voudrons de rois.

Elda Weissbrodt 

Le PeupleVS 2025