Récemment, le politicien français d’extrême droite Jean Messiha s’est distingué en publiant un message sur tous ses réseaux sociaux mêlant ignorance et racisme primaire.

Le texte était le suivant : « Je vous présente les acteurs qui interprètent les Vikings dans une nouvelle série historique suédoise produite par la télévision d’Etat. » En illustrant son texte par des images d’acteurs noirs interprétant des Vikings, Jean Messiha cherche à souligner un anachronisme qu’il estime problématique. Sous couvert de critique historique, il pointe du doigt une manœuvre d’endoctrinement de la télévision suédoise, se présentant comme le rempart nécessaire contre ce qu’il qualifie d’images trompeuses.

L’accusation de propagande formulée par Jean Messiha repose sur une confusion historique et scientifique majeure. Les images qu’il dénonce ne représentent pas des Vikings, mais sont issues d’un documentaire intitulé The Stone Age, traitant de la période située entre 14 500 et 3 700 av. J.-C. Il existe donc un fossé chronologique de plusieurs millénaires entre ces populations du Mésolithique et l’ère viking.

Sur le plan scientifique, l’apparence de ces premiers Européens est désormais bien établie par la paléogénétique. Contrairement aux idées reçues, les chasseurs-cueilleurs d’Europe occidentale présentaient fréquemment une combinaison de traits aujourd’hui disparue : une peau sombre associée à des yeux clairs. Cette réalité est incarnée par l’Homme de Cheddar, dont l’analyse génomique a prouvé que la pigmentation cutanée foncée était la norme avant que les variants de la peau claire ne se généralisent plus tardivement, lors du Néolithique. En Scandinavie, cette réalité découle d’une histoire migratoire complexe où des groupes venus du sud et de l’est se sont rencontrés et mélangés dans les territoires libérés par le retrait des glaces. Ce patrimoine génétique initial constitue le socle des Européens actuels, lequel a été successivement enrichi par l’arrivée des agriculteurs néolithiques d’Anatolie, puis par les populations nomades issues des steppes pontiques. Ainsi, ce que Jean Messiha dénonce comme une « anomalie » visuelle est en réalité une restitution fidèle des connaissances scientifiques contemporaines sur le peuplement de l’Europe.

Et pourtant, ce genre de message pullulent de partout. A l’heure de la post-vérité, de Donald Trump et de ses mensonges assumés, plus rien ne compte si ce n’est l’instrumentalisation permanente sur fond de racisme et de populisme. Qu’importe si son texte est scientifiquement faux et fondamentalement malhonnête, il aura réussi à faire de son message un contenu viral. Dans son livre « les ingénieurs du chaos », Giuliano da Empoli analyse avec brio ce populisme moderne dans lequel certains ingénieurs (spin-doctors, physiciens, experts en données) utilisent des algorithmes pour identifier les frustrations individuelles. Au lieu de proposer une solution commune, ils envoient des messages personnalisés qui amplifient la colère de chacun, même si ces messages sont contradictoires entre eux. Dans ce nouveau paradigme, la cohérence du discours s’efface devant l’efficacité émotionnelle. Un leader peut multiplier les déclarations contradictoires sans perdre sa base, car son électorat ne juge pas la validité des faits, mais l’intensité du ressenti. L’objectif n’est plus d’informer ou de convaincre par la raison, mais de saturer l’espace médiatique et de maintenir un état d’alerte permanent, transformant la politique en une expérience purement réactive. Dans ce système, l’incompétence perçue des leaders devient la preuve de leur authenticité. Plus ils sont attaqués par les « élites » (médias, scientifiques, institutions), plus ils renforcent leur lien avec leur base électorale, qui voit en eux des « vrais gens » luttant contre le système.

La polémique de Jean Messiha illustre parfaitement les mécanismes du populisme d’extrême droite, qui érige l’ignorance en stratégie politique. En travestissant des réalités historiques en menaces idéologiques, ce discours ne cherche pas à débattre des faits, mais à verrouiller l’électorat dans une vision du monde archaïque et factuellement fausse.

Cette stratégie d’enfumage repose sur un rejet délibéré de la science. Pour asseoir sa domination, ce mouvement doit impérativement étouffer la connaissance par l’indignation. En s’attaquant à des connaissances validées, ces « ingénieurs du chaos » isolent leurs partisans dans une réalité alternative où le métissage historique est perçu comme une anomalie et la complexité du passé comme un complot. Finalement, ce populisme ne sert pas le peuple qu’il prétend défendre, mais le condamne à l’obscurantisme, sacrifiant le bien commun et la vérité historique sur l’autel d’une haine identitaire orchestrée.

Yoann Bodrito, rédacteur en chef

Le PeupleVS 2026