Depuis quelques mois, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) d’Ecône fait à nouveau parler d’elle. En effet, elle prévoit une grande manifestation du 29 juin au 1er juillet. La raison ? le sacre de quatre nouveaux évêques issus de la fraternité contre la volonté du Vatican qui menace la FSSPX d’excommunication. Si les querelles théologiques ne nous intéressent pas nécessairement, un tel évènement est l’occasion de revenir brièvement sur l’histoire de la FSSPX, plus particulièrement sur ses liens avec les extrêmes droites valaisanne et française.
En 1968, ce sont des politiciens influents de l’aile droite du PDC, le conseiller d’Etat Guy Genoud et le procureur du Bas-Valais Roger Lovey qui rachètent le domaine d’Ecône. Ils permettent ensuite à Mgr Lefebvre d’y établir le séminaire de la FSSPX en 1970. Refusant les conclusions du concile Vatican II, ce dernier s’attèle à maintenir un catholicisme traditionnaliste s’opposant de plus en plus frontalement à Rome. Au cours des années 1970 et 1980, Lefebvre ordonne des dizaines de prêtres, ces cérémonies sont l’occasion pour les traditionnalistes de Suisse et d’ailleurs de se réunir. En 1977, on retrouve dans leur rang de nombreux militants de l’extrême droite française : anciens militaires, nostalgiques du temps des colonies, du sabre et du goupillon, anticommunistes regrettant que Vatican II ait ouvert la porte « aux marxistes dans l’Eglise » et qu’il soit l’œuvre de prêtres progressistes ayant « contribué à saigner l’Algérie française »[1].
Lefèbvre, déplorant que l’Eglise « entre en communion avec tous [ses] ennemis […] hérétiques, schismatiques, communistes, francs-maçons », finit par ordonner des évêques sans l’accord du Vatican en 1988 (ce que la FSSPX s’apprête à répéter). En conséquence, le pape Jean Paul II (que l’on peut difficilement qualifier de gauchiste) prononce l’excommunication de la fraternité.
En parallèle, l’aile la plus droitière du PDC reste très liée au séminaire d’Ecône et s’organise à travers deux mouvements notables. D’abord le Renouveau rhodanien (RR) dès 1981, servant de base à la construction idéologique de cette nouvelle droite valaisanne. Puis, en 1985, Lovey, Genoud, mais aussi René Berthod (enseignant à Orsières très influent au sein du RR) fondent le Mouvement conservateurs et libéral valaisan interne au PDC. Ces deux organisations promeuvent une idéologie basée sur un ordre naturel religieux profondément antidémocratique. Elles appellent à une régénération morale de la société qui s’est affaiblie avec l’affaissement de l’ordre naturel[2]. L’introduction de l’égalité entre époux en 1985 est notamment pointée du doigt comme une preuve de l’effondrement de l’autorité dans la famille et donc de l’ordre naturel. C’est là une idéologie d’extrême droite profondément réactionnaire. Les liens entretenus avec Ecône ne sont donc pas surprenants, tout comme ceux entretenus avec l’extrême droite française. En effet, c’est le RR qui invite Jean-Marie Le Pen, leader du Front National, à donner une longue conférence à l’aula du collège de la Planta en novembre 1984.
En bref, la proximité entre Ecône, l’extrême droite valaisanne et l’extrême droite française à la fin du 20e siècle devrait nous pousser à garder un œil sur la manifestation organisée en juin-juillet 2026.
Malo Délèze
[1] Voir le Temps présent du 8 septembre 1977, « Les croisades Monseigneur Lefebvre »,
[2] Voir Isabelle Raboud, Temps nouveaux, vents contraires.