Comme à chaque fin d’année, c’est l’heure des messages de vœux. Une année se termine, une nouvelle commence, l’espoir pour certains·es, la continuité pour d’autres.
À défaut de bonnes résolutions, je nous souhaite de prendre part à des révolutions. Partout, toujours. De nous rebeller davantage contre tout ce mépris qui gangrène nos vies. Achetons moins, partageons plus. Vendons moins, donnons davantage. Travaillons moins, aimons-nous plus. Gaspillons moins, épanouissons-nous enfin.
Cessons d’engraisser les lobbies et les multinationales qui ne pensent qu’au profit et nous refilent leur daube emballée dans du marketing. Privilégions le local plutôt que ces marchandises qui ont fait plusieurs fois le tour du monde avant d’atterrir dans nos rayons. Instruisons-nous par nous-mêmes, développons notre esprit critique, au lieu d’avaler sans broncher les récits prémâchés de certains médias aux bottes de milliardaires.
Arrêtons d’être des esclaves de la télévision, de la publicité, et surtout de cette société individualiste où le chacun pour soi a remplacé toute forme de solidarité. On nous a asséné de slogans creux comme « no pain no gain », on a voulu faire de nous des individus forts, performants, égoïstes, en nous faisant croire qu’un abonnement à la salle de sport nous rendra forcément meilleurs.
Le véritable progrès serait pourtant une société plus ouverte au monde, moins discriminatoire, qui se bat pour les autres et fait du partage une finalité. Le progrès c’est de continuer de se rebeller contre l’injustice, le cynisme et la résignation. Parce que le bonheur ne se trouve pas dans l’accumulation, mais dans les liens que l’on tisse, les luttes que l’on mène ensemble et la capacité à s’émerveiller encore du monde que nous habitons.
Je nous souhaite une année où l’on cessera de normaliser l’horreur. Moins de complaisance face aux génocides, aux massacres, aux crises qu’on commente comme une météo lointaine. Je nous souhaite une solidarité sans astérisque, sans hiérarchie des misères, sans calcul politique. Une solidarité qui ne trie pas les vies selon leur origine, leur statut ou leur utilité supposée.
Je nous souhaite de ne plus détourner le regard quand des femmes et des hommes arrivent chez nous après avoir tout perdu. De cesser d’instrumentaliser les plus précaires pour nourrir des discours de peur, de haine et d’exclusion. Il y a de la place. Il y a toujours de la place, quand on choisit l’humanité plutôt que le repli. On nous traitera de naïfs, de bisounours, de gauchistes, de bobos, de droit-de-l’hommistes. Dans une société malade d’individualisme, l’empathie passe désormais pour une provocation.
Je nous souhaite aussi de saboter, à notre échelle, ce système qui sacralise le profit, détruit le vivant et nous vend le vide comme un idéal.
On dit souvent que lorsque le mensonge prend l’ascenseur, la vérité prend l’escalier. Et à l’heure de la « post-vérité », ceci est encore plus flagrant. Certains dirigeants n’en ont plus rien à faire de mentir et d’être pris en flagrant délit. Bien au contraire même, « inonder la zone de merde » devient une stratégie politique. À force d’être répétées, même les contre-vérités les plus grossières finissent par user notre capacité de discernement. Le problème n’est alors plus seulement le mensonge en lui-même, mais la fatigue cognitive qu’il engendre. Submergés par un flot continu de polémiques, les citoyens n’ont plus le temps, ni parfois l’envie, de vérifier, de hiérarchiser, de réfléchir. Cette saturation profite aux discours les plus simples, les plus émotionnels, qui contournent la raison pour s’ancrer dans l’affect. Dans ce contexte, la vérité ne disparaît pas parce qu’elle serait réfutée, mais parce qu’elle devient inaudible, noyée dans le brouhaha. La post-vérité n’est donc pas un rejet de la réalité, mais une stratégie de brouillage qui transforme l’espace public en champ de confusion permanente, où l’indignation remplace le débat et où la norme se redéfinit par épuisement plutôt que par conviction. Dans ce contexte, certaines idées se banalisent pour devenir une nouvelle norme. La fameuse fenêtre d’Overton est déplacée. En guise de conclusion pour cette fin 2025, pourquoi ne pas citer, une fois n’est pas coutume, l’empereur et philosophe du stoïcien Marc-Aurèle : « Ce qui n’est pas bon pour la ruche, ne l’est pas non plus pour les abeilles. »
Bonne année à vous toutes et tous les camarades.
Make hummus not war.
Yoann Bodrito