Je suis antifasciste depuis que j’ai découvert ce qu’était le fascisme, lorsque j’étais tout jeune et que j’apprenais mes leçons d’histoire.

Quand j’ai vu l’incommensurable horreur que l’on pouvait commettre, non pas au nom du bien commun, mais au nom « de la race », « de la nation », « du chef ». Les images qui viennent à l’esprit sont évidemment connues : des cadavres entassés dans des fosses communes, des corps décharnés, le regard vide, des « pyjamas rayés » des camps « de travail », des cheminées, des « douches », etc.

Mais ceci n’est que l’ultime conséquence du fascisme, car tout commence lentement, tout doucement. Comme une petite mélodie rassurante. Une mélodie qui désigne des responsables. Tout ce qui est différent devient coupable de tous les maux. Étrangers. Juifs. Musulmans. Noirs. Communistes. Socialistes. Journalistes. Pacifistes. Démocrates. Homosexuels. Handicapés. Etc.

Le chômage ? C’est leur faute ! L’amoralité ? C’est leur faute ! La surpopulation de l’espace vital ? C’est leur faute ! La décadence ? C’est leur faute ! La récession ? C’est leur faute ! La baisse des salaires ? C’est leur faute ! Qu’il est plus facile de désigner un bouc émissaire que d’interroger les véritables causes d’un malaise social.

Le fascisme prospère sur cette facilité. Il prospère aussi lorsqu’il trouve des alliés puissants : les élites économiques. Ces élites qui trouvent que la démocratie, le pouvoir populaire en fait, c’est joli, mais que ce sont des empêcheurs de profiter. Vient ensuite la déshumanisation. Les « responsables » deviennent des « vermines », des « cafards », des « sous-hommes ». À partir du moment où l’on nie l’humanité de l’autre, il devient plus facile de les désigner comme ennemis à abattre.

Alors la violence s’installe. D’abord verbale. Puis physique. Ratonnades, intimidations, agressions. On banalise. On relativise. On détourne le regard. Ensuite, la presse indépendante est discréditée. Les médias publics sont affaiblis. Des organes de propagande prennent le relais.

Il ne manque plus qu’une chose : attirer la sympathie des masses. Alors, comment fait-on ? Le moment clé arrive : c’est la victimisation. Lorsqu’ils ont fini par provoquer une réaction des mouvements antifascistes, à force d’agressions et de provocations, un des leurs meurt. Il devient un martyr. On accuse « la gauche », « les antifascistes », « les ennemis de l’intérieur ». On inverse les rôles. Le fascisme devient la victime.

Et pendant que les modérés hésitent, la frontière se déplace. Ce qui n’était pas acceptable le devient. Le « mal » devient « bien ». L’antifascisme devient fascisme. Les discours se durcissent. La droite traditionnelle s’allie à l’extrême droite. Les lois restreignent progressivement les libertés. La police reçoit de nouveaux pouvoirs. La démocratie recule. L’ordre règne.

Le fascisme n’arrive pas en proclamant son nom, dans un bel uniforme. Il s’installe doucement, couvert par les principes d’ordre, de sécurité et d’identité. Il n’était pas là, et puis un jour, il est là. Et l’on se demande comment cela a pu arriver. Personne ne voulait cela. Personne ne l’a vu venir. Personne ne s’est opposé — sauf ceux qu’on traitait d’exagérés, de radicaux, d’« antifas ».

En Suisse, nous ne sommes peut-être pas encore là, mais cela peut aussi nous arriver. Il ne suffit de rien. Puisque nous avons déjà depuis longtemps un processus de déshumanisation en route contre « les étrangers », nous avons déjà des attaques contre l’indépendance des médias, nous avons déjà un discours qui frôle la haine…

Voilà pourquoi je suis antifasciste. Parce que l’histoire nous a déjà montré comment tout cela commence. Et comment cela finit.

Valentin Aymon

Le PeupleVS 2026