Le Valais et la Suisse refusent l’initiative raciste de l’UDC. Mais est-ce vraiment une victoire ? Quand 45% du peuple approuve un texte aux relents fortement xénophobes, peut-on réellement se réjouir ? L’essentiel est sauf, l’initiative a été refusée, massivement dans les villes, beaucoup moins dans les campagnes. La propagande de l’extrême droite qui instrumentalise chaque fait divers à des fins électoralistes n’aura pas suffi. Mais il serait naïf de penser que tout ceci est derrière nous. L’UDC impose son agenda année après année en stigmatisant sans cesse les mêmes personnes. Ce parti empoisonne le débat public sans chercher à résoudre les problèmes persistants dans notre pays : l’explosion des loyers, le blocage des salaires, la précarité grandissante, la hausse continue des primes maladies, les difficultés d’accès aux soins et le démantèlement des services publics. Il est urgent de rompre avec cette dynamique infernale.

L’UDC jubile déjà. En parvenant à rallier 45 % des votants le 14 juin, l’extrême droite confirme sa dangereuse force de frappe : elle sait désormais que ses arguments ont réussi à mordre sur l’électorat du centre, normalisant ainsi ses thèses. Et c’est tout l’objectif de ce genre d’initiatives, banaliser et normaliser son agenda politique profondément xénophobe. C’est également une stratégie de diversion de l’élite du parti, pas très agrarienne. En effet, à l’origine de cette initiative, on retrouve des personnes comme Thomas Aeschi, Marco Chiesa ou encore Thomas Matter, des banquiers, des patrons et des propriétaires. Comme le résume le média indépendant Ragekiit, lorsque l’UDC dépense des centaines de milliers de francs pour parvenir à lancer une initiative, ce qu’ils se paient ensuite c’est un tunnel médiatique national. Toute la société est obligée de se prononcer sur un sujet qui n’en est pas. Même en s’opposant clairement, nous sommes toutes et tous contraints de nous positionner et donc de donner du crédit à des projets de sociétés insensés. Pendant que l’UDC met la faute sur les étrangers pour les logements inabordables, ils occultent volontairement leur responsabilité dans ces crises du logement. Parce que qu’est-ce qui détermine le prix des loyers ? Les rendements immobiliers, le droit du bail, la spéculation ou la pénurie organisée. Pourquoi l’UDC ne s’attaque-t-elle jamais aux vraies causes de la crise du logement ou des bas salaires ? Parce qu’au parlement, ses élu·es sont là pour défendre les intérêts des patrons et des propriétaires — quand ils ne le sont pas eux-mêmes. Ils votent de concert avec les milieux économiques en coulisses, puis lancent des initiatives populaires pour désigner les personnes migrantes comme uniques boucs émissaires. C’est leur vision de la démocratie : détourner un outil citoyen pour masquer une politique servile envers le capital et rejeter la responsabilité des crises sur les personnes issues de l’immigration.

Face à ces pratiques insupportables, il est temps de faire front et de s’unir. Il est temps d’affirmer plus clairement les positions de gauche, profondément antiraciste, antifasciste et humaniste. Il est temps de s’affranchir des positions molles du centre et de la droite qui voyait en cette initiative uniquement un problème de main-d’œuvre, réduisant les personnes issues de l’immigration comme une simple marchandise. C’est cette vision utilitariste qui a conduit aux politiques de quotas et aux saisonniers dans les années 70 avec les conséquences que nous connaissons. Comme le soulignait le syndicaliste Dario Lopreno, le seuil des 10 millions était un piège politique. En frôlant la majorité, l’UDC légitime son rôle de « gardien » de la démographie et s’offre un levier parfait pour exiger des durcissements immédiats lors des prochains débats parlementaires sur l’asile ou les contingents.

Face aux discours de division et à la rhétorique de la peur, notre réponse ne doit être ni le repli xénophobe, ni l’utilitarisme comptable. Pour briser définitivement l’offensive de l’extrême droite, il est urgent de mener une contre-offensive globale. En réinvestissant massivement dans nos services publics pour garantir le droit au logement et à la santé, en unissant l’ensemble des travailleurs·euses contre la précarisation, et en élargissant les droits politiques à toutes celles et ceux qui font vivre notre pays. L’avenir du Valais et de la Suisse ne se construira pas en érigeant des frontières ou en triant les êtres humains selon leur rentabilité, mais en fondant notre modèle sur la justice sociale, la solidarité et l’égalité stricte des droits. Seule cette riposte idéologique permettra de désarmer la xénophobie et d’ouvrir la voie à un avenir commun inclusif.

Yoann Bodrito, rédacteur en chef

Le PeupleVS 2026