À l’heure où j’écris ces lignes, la Suisse termine sa 4è canicule de 2026. Ou la 5è. Je ne sais plus.

Peu importe. Nous vivons l’un des étés les moins chauds du reste de nos vies, notre nouvelle normalité.

Nous avons entendu des phrases du type « tout le monde a chaud, nous sommes toustes à la même enseigne. Même Bernard Arnault a chaud ». Non. C’est faux. Arnault, comme les ultra-riches, ne souffre pas de la chaleur dans ses propriétés climatisées avec piscine ou dans son jet privé. Cependant, il est, tout comme ses pairs, immensément responsable du dérèglement climatique.

À la lumière d’un mépris de classe systémique, les plus vulnérables paient le prix fort d’un réchauffement climatique dont ils sont pourtant les moins responsables.Les inégalités face à la chaleur existent et sont largement documentées. L’âge, le revenu, l’état de santé, le logement, le quartier et d’autres facteurs déterminent la vulnérabilité face aux canicules.[1] La chercheuse et doctorante Alice Guilbert (UNIGE) précise d’ailleurs que les personnes les plus vulnérables lors des canicules sont les femmes et les minorités de genre, locataires et avec un bas revenu.

Les personnes bénéficiant de revenus confortables peuvent plus facilement s’extraire des zones en surchauffe, monter au chalet, aller à l’hôtel. Elles bénéficient de meilleures conditions de logement ou peuvent les améliorer, plus d’arbres, plus d’espaces verts, une meilleure isolation voire de la climatisation. La climatisation qui, rappelons-le, est une solution individuelle, momentanée et doit être utilisée avec intelligence. Rappelons aussi de ne pas criminaliser les personnes vulnérables qui se procurent une climatisation pour pouvoir survivre faute de solution pérenne.  On note aussi que les quartiers résidentiels sont plus frais et plus verts que les quartiers populaires. Il suffit de se promener en ville pour sentir la différence.

Pour les travailleurs·euses précaires, souvent contraint d’exercer en extérieur (construction, agriculture, livraison) ou dans des environnements non climatisés (usines, entrepôts), la canicule est une menace quotidienne pour la santé. Ignorer ces inégalités revient à valider un système où la vie des plus pauvres vaut moins que celle des plus riches. La lutte contre le réchauffement climatique est indissociable de la lutte contre les inégalités de classe. Sans justice sociale, il n’y aura pas de résilience climatique possible.

Nous devons agir collectivement pour le bien-être et, j’ose le dire, la survie de l’ensemble de la population. Nous devons réfléchir et agir pour assurer le confort thermique de toutes et tous et pas seulement pour une minorité privilégiée. Investir dans la rénovation des logements locatifs, repenser l’espace public, encore. Il ne suffit pas de planter trois arbres, deux buissons, installer un brumisateur et baptiser le lieu « îlot de fraîcheur ». Il faut prioriser les arbres sur le bâti, y compris les parkings. Ouvrir des espaces publics frais et gratuits.
Dé-bétonniser et re-verdir.

Les faits sont là, tangibles, inéluctables. Les scientifiques nous l’annonçaient depuis des décennies, notre planète brûle. Bientôt nos glaciers ne fondront plus, ils auront disparu. Nous socialistes nous battons pour une justice sociale, pour les plus fragiles et précaires d’entre nous, pour toustes sans privilèges or la justice thermique est une justice sociale. Nous nous sommes battu-es pour que les gens ne meurent plus de froid en hiver, nous nous battons pour que personne ne meurt de chaud en été.

Nos politiques climatiques actuelles, freinées par le camp bourgeois, sont certes insuffisantes et tardives mais, camarades, nous pouvons encore agir, collectivement, par la force de nos luttes! 

PS : Grandes manifestations « Pas d’été à 50 degrés » le 19 septembre à Lausanne et Genève, le 25 septembre à Berne, Zürich, Bâle et Lucerne.

Martine Rouiller

[1] Guilbert, A., Shejale, S., Forbat, J. et Sahakian, M. (2026). Le confort estival à Genève. Pratiques de rafraichissement et justice thermique.

Institut de recherches sociologiques, Université de Genève.

Le PeupleVS 2026